pour tout ceux qui ne sont pas au courant, je remet les première nouvelles.

voila !

 

ÉDOUARD.
I
Monsieur, c’est votre femme au téléphone.
Monsieur ?
- Oui, oui, elle m’a déjà fait le coup cinq fois cette semaine, dite lui que je serais joignable dans la voiture. Je suis déjà en retard !
- Mais monsieur, elle avait l’air …
- Faites ce que je vous dis Suzanne !
- Oui monsieur.
Paul prend son manteau, ses clés et claque la porte de son bureau.
Il est comme du lait sur le feu, ce coup de filet c’est celui de sa carrière, « le vieux serait enfin fière de moi » répète-t-il sans arrêt.
Son père était un flic comme l’était le sien, alors le jour où son fils unique Paul lui annonce qu’il entre au sein de l’inspection générale des douanes…
Planqué, tir au cul, pseudo-flic, honte de la famille et toutes sortes de quolibets du même cru. Déjà quand t’il avait annoncé son mariage avec Catherine, fille d’un industriel, un gaulliste…
- Tu me donnes envie de vomir, je me demande parfois si tu es vraiment mon fils ?
C’était la dernière chose que lui dirais son paternel, sauf qu’il ne le savait pas encore.
Sa mère avait tenté, mais en vain de les réconcilier, mais une saloperie de cancer l’emporta en trois semaines, il n’eut pas le temps de lui dire, lui dire que tout ce qu’il voulait c’était un mot, un geste de sa part qui lui aurait prouvé que lui, son héros, son exemple, son père était ne serait-ce que l’espace d’une seconde, un putain d’instant fier de son fils .
À l’enterrement, tous le fixaient, lui l’enfant ingrat, lui le fils indigne qui avait précipité son père dans la tombe, comme s’il l’avait poussé dans ce trou de ses propres mains.
Sa femme Catherine se tenait à ses côté, la main posée sur son ventre, comme si elle protégeait ce petit fils, cet enfant à naître qui grandissait en elle et que le patriarche ne verrait jamais.
- Si c’est un garçon nous l’appellerons « Édouard » déclara t’il en apprenant l’heureuse nouvelle.
- Comme ton père, tu es sûr ?
Oui, comme papa.
Cela fait plus de deux ans qu’il travaille en collaboration avec la DCPJ (Direction centrale de la police judiciaire),pour mettre un terme à ce trafic d’être humain. En ligne de mire cette mafia albanaise, qui passe sans arrêt entre les mailles du filet. Celle-ci à des ramifications partout dans le monde et annihiler cet immonde commerce affaiblirait à coup sur cette organisation criminelle.
Ce dossier, il lui a tout donné plus qu’il ne l’aurait voulu même, il ne le sait pas encore, mais il va payer le prix fort ! Pour lui il a délaissé tout le reste, sa famille , sa femme… son fils.
Il se gare devant le bâtiment, officiel.
- Putain je suis en retard !
Il sort si vite de la voiture qu’il ne pense pas à prendre son téléphone.
Catherine tente une nouvelle fois de le joindre, encore cette putain de messagerie.
« Vous êtes bien sûr le répondeur de Paul …»
- Putain Paul, décroche !
Elle se tient le ventre, jette le smartphone au fond de son sac.
- Fais chier ! Je vais me démerder toute seule !
Elle enfile ses chaussures et prend son manteau.
Elle a perdu les eaux il y a un quart d’heure.
Elle arrive tant bien que mal à traîner sa valise jusqu’au coffre de sa voiture, reprend son souffle une fois au volant, ressort son téléphone, puis le range immédiatement.
- Et puis merde, j’y vais !
Elle démarre en trombe, recule si vite que le capteur se met tout de suite à gueuler, mais trop tard la poubelle valdingue jusque chez les voisins.
Elle tape le nom de la clinique sur le GPS, soudain une contraction.
- Arrrrg ça fait mal ! Paul espèce d’enfoiré !
La douleur passe.
Elle cale.
- Bordel je ne vais pas y arriver !
Son téléphone sonne, son cœur s’emballe.
- Paul ?
- Bonjour madame c’est la société …
- TA GUEULE CONNASSE !
Cette fois elle balance le téléphone à l’arrière et redémarre.
Il y a vingt minutes entre chez eux et la maternité.
Ça fait quatre fois qu’elle s’arrête en catastrophe à cause de ses contractions.
Soudain la douleur est insupportable, elle écrase la pédale de frein sans même regarder où elle est.
Sa petite italienne rouge ne fera pas le poids face à ce mastodonte de plusieurs tonnes !
L’ambulance roule à tombeau ouvert, sirène hurlante.
Un des ambulancier braille à la radio.
- Femme de 34 ans, enceinte, inconsciente …
Ils la déposent à la clinique où elle se rendait.
La réunion vient de se terminer.
- Putain de bureaucratie à la con, tous ces enculés, je les étranglerais bien de mes propres mains.
On vient de lui retirer l’affaire, alors qu’elle arrivait à son terme.
- Dans le cul les petits douaniers hein ?
Tout ce temps passé, ces nuits blanches à bûcher sur ce dossier, il aurait pu être avec sa femme, au lieu de bosser comme un forcené et finalement un autre en retire tous les mérites.
Il s’affale sur le siège de sa berline allemande, il aperçoit son téléphone qui clignote.
25 appels en absences !
Il écoute sa messagerie, devient blanc, démarre sans même prendre le temps d’attacher sa ceinture, direction l’hôpital.
Le médecin vient de le quitter.
C’est comme si une partie de lui venait de mourir.
Il psalmodie sans cesse.
- Chambre 207, putain ce n’est pas possible, chambre 207 …
Arrivé devant la porte, il hésite, se prend la tête entre les mains, puis il se retourne et finalement se tire en courant, il ne peut pas c’est trop dur, il ne peut pas.
- Paul n’oubliez pas votre rendez-vous chez l’avocat …
- Ouais je sais, c’est bon
Catherine a demandé le divorce.
Depuis le jour du drame, ils ne s’ adressent plus la parole.
Ils ne communiquent que par avocats interposés.
Tous les soirs il écoute en boucle sa messagerie saturée par sa femme, il n’était pas là, il a tué son fils comme, il a tué son père, c’est un meurtrier.
Il n’est plus que l’ombre de lui-même, il picole arrive sans cesse en retard, mal rasé, habillé avec les mêmes fringues que la veille.
Il en est à son deuxième avertissements.
Encore un et il sera suspendu !
Il laissa traîné cette histoire de divorce le plus longtemps possible.
Partit sans se retourner, il lui a tout laissé, maison, voiture tout.
Mais cette fois-ci il n’y coupera pas, elle a rencontré quelqu’un et elle veut recouvrer sa liberté.
Il arrive au tribunal avec un quart d’heure de retard.
Il entre sans frapper.
Tous le regarde fixement, Catherine, son compagnon et l’avocat.
Ses yeux sont attirés par quelque chose de familier.
Le ventre de Catherine !
- Putain tu es …
- Assieds toi Paul, dit-elle calmement.
À peine sortie, la chaleur écrasante le rappel à l’ordre.
- Bienvenue à Saint-Denis de la réunion m’sieur Paul !
- Ouais merci.
Il ne pouvait pas supporter cette grossesse cela lui rappelait à quel point il était minable et pour cela il devait partir, partir loin, le plus loin possible.
Il demanda sa mutation.
Il y avait un poste à la réunion, mais pour cela il devait accepter d’être rétrogradé contrôleur principal, il avait accepté sans réfléchir et une semaine plus tard le voici sur cette île en plein océan indien.
2
Le décor a changé, le breuvage aussi, mais pas les habitudes.
Une clope allumée, il se fraye un chemin entre les bouteilles vides de rhum agricole, direction la micro salle de bain.
Il a accepté déménager dans un minuscule studio, sorte de clapier pour humain dépravé.
Il a tout laissé là-bas, ou plutôt il n’avait rien à emmener.
Cela fait bientôt six mois qu’il vit ainsi tel un ermite alcoolo.
Ici le règlement est plus coulant, pas de cravate, on peut même venir en bermuda !
Il essaie juste de masquer l’odeur, preuve irréfutable de son addiction.
Après avoir pris un déjeuner liquide, il se passe la main dans les cheveux, histoire d’être à peu prés présentable.
Dehors il fait déjà une chaleur étouffante, les clés de sa voiturette de golf en poche, il est prêt pour une nouvelle journée dans la machine à rêve.
Depuis deux jours c’est l’hécatombe ici, la plupart de ses collaborateurs ont chopé une sorte de gastro, plus proche de la dysenterie que du mal de bide habituel, il ne peut pas se planquer dans son bureau en fixant la pendule attendant qu’on vienne mettre fin à ses souffrances, il va sur le terrain.
La pointe des galets.
Ce port est le seul à cumuler les cinq fonctions, gare maritime, port de plaisance, de pêche et de commerce.
En arrivant sur le premier quai, les marins sont en effervescences, une de leurs frégates a été endommagée il y a deux jours, percutée par un porte-containers dans un port d’Afrique du sud. Elle doit être rapatriée, le floréal, machine de guerre flottante qui a vu le jour à Saint-Nazaire.
Ce genre de détail, il s’en branle normalement, mais il avait demandé la main de Catherine un soir sur les terrasses panoramiques des chantiers navals de l’atlantique.
Il arrive sur les docks, le peu de l’équipe valide est déjà là, en jetant un œil sur sa montre, il se rend compte qu’il a quarante minutes de retard.
- Je les emmerde souffle t’il.
- Bonjour patron, dur le réveil ce matin ?
- Ouais c’est ça… on a quoi aujourd’hui ?
- Oh pas grand-chose, un petit cargo qui vient du port d’Anvers
Son contremaître lui tend les papiers.
- Muais il a fait escale à Londres et au havre.
- Oui il transporte essentiellement des denrées périssables, plus exactement de la salade et …
- Putain tu vas me dire quelle sorte aussi ? On en a rien à carrer non ?
- En fait 87 % de la salade vendue dans le monde est de la laitue chef, donc …
Le contremaître se fend d’un petit sourire en coin, avant de préparer les gilets fluo et autres talkiewalkies .
- Dîte chef on ne prend toujours pas les armes de services ? Vous savez la procédure …
- Du calme cowboy, je vois d’ici la ficelle de votre tampon qui dépasse, bah quoi vous avez peur de vous faire agresser par une limace géante ?
- Non mais ...enfin je pensais …
- Que t’ai-je déjà dis sur le fait de penser ?
- Ok c’est vous le chef !
Paul mit une tape dans le dos de son géant de contremaître, au fond il l’aime bien, c’est peut-être le seul qui ne le juge pas, qui lui parle franchement.
Il le surnomme le « shaq », dans sa jeunesse il était fan de basket et de NBA et celui-ci avec ses deux mètres et des, son crâne lisse comme une boule de bowling et son quintal lui font penser au colosse choisi en première position de la draft de 1992 par les magics d’Orlando.
- Allez c’est parti !
Lui et « shaq » sont dans la première voiturette, les deux autres qu’il surnomme Heckle et Jeckle sont dans la seconde, ils se sont partagés la liste de containers à vérifier.
Le logiciel choisi au gré d’un algorithme créé par une bande de tocard à lunettes dans un bureau à des milliers de kilomètres d’ici, un nombre de containers, leurs numéros d’identifications est inscrits par ordre alphanumérique.
- Ok maugréa Paul en s’allumant une clope, je prends les quinze premiers.
- Dacodac chef je me coltine le reste donc.
Le colosse descend du véhicule qui se redresse d’un coup sous le poids du contremaître.
Paul vérifie qu’il n’a rien oublié.
Il siffle.
- Et fait gaffe aux limaces géantes hein !
La réponse du géant fut un magistral doigt d’honneur.
- Je l’ai bien mérité celui là.
Il commence par s’allumer un nouveau clou de cercueil.
Puis il s’avance vers la rangée de containers à vérifier.
Numéro 207.
Il sort la pince coupante pour libérer la serrure de son plombage officiel, puis après avoir non sans mal ouvert la porte, s’empare de sa lampe torche.
Un premier coup d’œil.
- Tiens donc de la laitue ! Ricane t’il en pensant aux explications éclairés de son contremaître.
Il progressa lentement entre les rangées de boites en carton, il en pris une au hasard, sorti son cutter pour en vérifier le contenu.
Une fois ceci effectué, il referme la boite avec du ruban adhésif estampillé « douane française ».
- Putain ça chlingue ici !
Son regard se pose sur un truc étrange, on dirait une paire de chaussure, enfin plutôt une paire de pied !
Il avance prudemment.
Arrivé à hauteur des pieds, l’odeur est insoutenable.
Il découvre avec horreur un corps sans vie, un putain de cadavre étalé de tout son long devant une sorte de porte dérobée dans le fond du container.
Il s’avance, puis pose ses doigts sur le cou de la victime, pour vérifier son pouls, c’était juste un reflex , car vu la puanteur qu’il dégage cela serait un miracle si le bougre est en vie !
Il fait un pas en arrière.
Soudain un bruit sourd résonne dans toute la structure métallique.
Il braque sa lampe vers la pseudo-porte.
Il glisse sa main sur le bois, il sent une sorte d’encoche, poignée de fortune, il coulisse le panneau.
Et là tel un lapin pris dans des phares de voitures sur une route de campagne, un enfant assis.
Une odeur de merde lui transperce les narines.
- Bordel mais qu’est-ce que … ?
L’enfant le fixe.
Il tente de reprendre ses esprits.
Il lui tend la main.
- Vient ne reste pas là !
L’enfant hésite.
- Allé n’ait pas peur !
Puis une fois leurs deux mains jointes il le prend dans ses bras, la lampe torche dans sa bouche, il lui plaque le visage contre son torse, il ne veut pas que le gosse ne voit le cadavre, très certainement celui de son père, gisant là comme un animal abandonné, il en a certainement déjà assez vu auparavant.
Une fois dehors l’enfant plisse les yeux cela doit faire un bail qu’il n’a pas dû voir l’astre solaire.
Paul chope son talkie.
- Ici Paul, je dois rentrer d’urgence au bureau.
- chef ? Rien de grave ?
- Non, non tu rentreras avec heckle et jeckle ? Ok ?
- Pas de problème chef, on se tient au courant.
Il dépose l’enfant à l’arrière de la voiturette, puis il le camoufle sous une vieille toile de jute qui traîne là.
L’enfant le fixe encore avec ses yeux tombants.
- Écoute je ne sais pas si tu comprends ce que je te dis, mais ne bouge pas, je ne vais te faire aucun mal, il n’y en a pas pour longtemps.
Il sort un mouchoir de sa poche, pour s’éponger le crâne.
Il démarre en direction de chez lui.
3
L’enfant est assit là, en face sur un vieux fauteuil élimé qui était déjà là quand il a pris le logement.
- Tu as faim ?
Comme il est toujours muet Paul essaie de lire une réponse dans ses yeux.
- Muais ça ne va pas être simple cette histoire.
Il fait l’inventaire de son garde manger, en ce moment il est au régime rhum, corn-flakes.
- pas terrible pour un gamin !
Il tombe sur une tablette de chocolat à peine entamée, il lui sert un verre de lait et pose tout sur la petite table basse.
L’enfant hésite, puis vide le lait d’un seul trait.
- Oh et bien on a déjà ça en commun, une sacré descente ricane t’il en lui resservant un autre.
Puis il lui ouvre le chocolat, lui casse un morceau et lui dépose à côté.
L’enfant tend la main et le fourre en entier dans la bouche, manquant au passage de s’étouffer.
- Assoiffé et goinfre, tu es tombé au bon endroit mon p’tit pote.
Pendant que le gamin fini de manger, Paul range un peu le bordel sans nom qui lui sert de salle de bain, il sort une serviette propre et fait couler de l’eau tiède dans sa vieille baignoire en fonte.
Cela fait une heure qui le regarde dormir, après le décrassage, le ventre rempli, le petit homme s’est endormi sur sa relique de canapé.
- Putain qu’est-ce que je vais faire de toi !
On frappe à la porte.
- Chef ! Je sais que vous êtes là !
Merde c’est son contremaître !
Il prend l’enfant dans ses bras et le dépose sur son lit grinçant.
- Ne bouge pas d’ici je reviens tout de suite.
- Chef, chef ? ? !
- Ouais c’est bon j’arrive, putain on ne pas chier tranquillement sur cette île à la con !
Il sort, le colosse l’attend sur le palier.
- ça fait trois heures qu’on essaie de vous joindre …
- Oui je sais, j’avais …, enfin … bon quoi ?
- La police militaire est là, elle vous attend dans votre bureau !
- comment ça ?
- En fait heckle et jeckle sont tombés sur …
- Quoi, putain crache la ta pastille !
- Il y a des … morts, des cadavres, chef !
- Dans les containers ? c’est ça ?
- Oui et quelques survivants.
- Ok je prends mes affaires et j’arrive.
Il retourne dans la chambre, le petit dort à point fermés.
- Je reviens, ne t’inquiètes pas !
Il l’embrasse sur le front et suit son contremaître.
- Vous êtes le responsable ?
- Oui je suis le contrôleur principal.
- Vos hommes ont trouvé …
- Je sais oui, l’on m’a mis au parfum.
- Et vous n’avez rien vu de particulier ?
Paul devient blanc.
- No..non rien d’anormal.
- Nous avons repassé tout le secteur au crible, une liste a été retrouvée dans un des containers, chaque personne avait été marqué au fer rouge avec un numéro…
Paul arrache la photo des mains du sous officier.
- Putain de mafia albanaise, je connais bien ce signe, c’est …
- Oui nous sommes au courant, en outre tout le monde a été retrouvé, mort pour la plupart, il n’y avait qu’une dizaine de survivant, essentiellement des migrants, qui comme nous le savons essaie de traverser la Turquie. C’est en Albanie qu’ils se font récupérer, pour être vendus comme du …
- Bétails, je sais bien tout cela.
Juste un enfant, manque à l’appel, ils ont du certainement le tué pour l’exemple comme ils le font souvent et ses parents sont morts d’après ce que nous avons pu lire.
Putain, pauvre gamin.
Paul réfléchit, se mord la lèvre, se lève, pour finalement interpeller le militaire.
- Non, je sais où il est, venez avec moi.
Ils les emmènent devant chez lui, les fait entrer, leur indiquant la chambre.
- Vous fermerez la porte en sortant.
- Attendez, il faudra quand même que je prenne votre déposition !
- Ok passez demain à mon bureau.
Il grimpe dans sa voiturette et part en direction du centre-ville, il attrape son téléphone.
Je sais que ça va être est long et compliqué se dit-il.
Oui, bonjour je voudrais parler au préfet.
Je suis le contrôleur principal des douanes.
Oui une affaire urgente.
Mes respects monsieur le préfet, je suis Paul …
4
Cinq ans plus tard, dans le bureau du proviseur d’une école d’art parisienne.
- Donc si j’ai bien saisi vous travaillez pour la DDGI, les douanes pour faire plus court, ricane t’il.
- Oui je suis le directeur adjoint.
- Comment se prononce votre nom ? Je ne voudrais pas l’écorcher.
- Appelez-moi Paul, ça sera plus simple, non ?
- Oui c’est sûr alors votre fils a un dossier exemplaire, juste au niveau du français où il est un peu en retard, mais au vu de son passé…
- Je pense que l’on peut être indulgent avec lui, cela fait seulement cinq ans qu’il parle notre langue, il la maîtrise bien mieux que la plupart des types avec qui j’ai collaborés !
- Ah oui j’imagine !
- J’étais son premier professeur, donc il est vrai que je ne suis pas un modèle du genre.
- Oui en effet, sinon il y a une partie du dossier qui à été amputé, il manque quelque…
- Ne vous inquiétez pas, tout est en règles maintenant !
- Oui, comme vous le savez j’ai reçu un appel du bureau du ministre du budget en personne, je suis sûr que … enfin nous sommes enchantés d’accueillir votre fils.
- Rappelez-moi son prénom, je vais l’inscrire sur le planning de la semaine prochaine.
- Édouard, il se prénomme Édouard.
FIN

    Mozz and Rella.


Bienvenue sur notre plateau, pour une interview exclusive du chanteur le plus populaire de Miami, j’ai nommé Hank Palermo.
Comment allez-vous Hank ?
Ça va …
Tout le monde sait que vous êtes assez avare en matière de sortie médiatique…
Ah commence pas ou je me tire !
D’accord,  vous avez raison, comment se passe votre tournée ?
C’est crevant.
Oui mais encore ? Cela fait plus de 8 ans que vous n’êtes pas monté sur scène, pourquoi revenir maintenant ?
Tu es un casse-couilles… et puis beaucoup trop verbeux, pourquoi revenir ? Qu’es ce qui fait que la populace se lève tous les matins pour aller bosser pour un trou du cul de patron ? La tune pardi !
Donc si je vous suis, vous avez besoin d’argent ?
Comme tout le monde.
Oui mais vous avez une carrière, comment dire longue et le public est toujours au rendez-vous, alors de ce fait vous avez dû engranger pas mal d’argent au fil du temps ?
Oui et ?
Euh, et bien, je …
J’ai tout claqué ! C’est ça que tu veux entendre ?
Vous êtes en quelque sorte ruiné d’après certains confrères.
Tssss d’après certains confrères ? Howard tu es vraiment un branquignole ! Des tabloïds oui ! Des parasites incapables de créer quoi que soit, ces cancrelats vivent sur notre labeur, en comblant les vides eux même, tout ça pour vendre leur putain de torche-cul !
Calmez-vous, je …
Oui !
Comment ça oui.
Je n’ai plus un radis, j’ai tout picolé, snifé, baisé, dépensé dans des trucs plus inutiles les uns que les autres, et alors ce fric je l’ai gagné non ?
Bien sûr mais d’autres artistes qui ont eu une carrière parfois moins longue que la vôtre, je pense au chanteur de U3 qui est un donateur régulier, il s’engage pour de grande cause.
J’emmerde le chanteur des U3 ! Et puis je ne suis pas fan des causes qu’elles soient grandes ou pas.
Revenons à votre tournée, elle s’achève dans une semaine par un concert donné au « Teatro Massimo » de Palerme en Sicile, c’est bien cela ?
Tu as bien fait tes devoirs Howard ! Oui c’est bien ça.
Pourquoi Palerme ? C’est la seule ville hors des États-Unis dans laquelle vous allez jouer, je crois d’ailleurs que vous avez toujours refusé de jouer dans le reste du monde ?
J’en ai rien à foutre des restes du monde ! Pourquoi Palerme hein ?
Oui pourquoi ?
C’est là-bas que j’ai connu le grand amour.
Pardon ?
Putain je savais que tu étais un branleur, mais de là à être aussi sourdingue, tu dois être un virtuose du poignet.
Oui certainement, vous avez connu l’amour donc, il faut m’excuser car quand le public parle de vous ce n’est jamais en relation avec la notion d’amour.
De quoi il se mêle le public, je lui en donne pas assez c’est ça ? Putain le mot vie privée ne veut rien dire pour vous autres journaleux !
Vous acceptez les règles en devenant une personnalité publique, donc…
Connerie inventée par des connards de ton espèce, enfin de toute façon bientôt tu vas pouvoir assouvir ton désir d’informations à mon sujet.
Ah oui comment ça ?
Vous voulez parler de votre livre, une biographie c’est ça ?
Non.
Ah j’ai cru que …
Tes sources sont foireuses Howard ! Mais de tous ces cons prétentieux tu es celui que je déteste le moins, donc je vais t’en dire un peu plus.
Merci j’en suis honoré.
Tu peux !
Bon il y a pas une page de pub pour un truc inutile et cher à faire passer, je veux me griller une sèche !
Bien sûr, nous faisons une pause.
Restez à l’antenne, le célèbre Hank Palermo revient dans un instant pour nous en dire plus sur son livre.

Après une pause de 10 minutes en temps Martien, Hank repris place, il sortit de sa poche un livre et une flasque.

Nous voilà de retour, en direct avec Hank Palermo, Hank parlez-nous de ce livre ?
Deux secondes ! Il prend une rasade.
Bien sûr vous avez raison de vous hydrater il fait une chaleur étouffante sur ces plateaux.
La ramène pas Howard, tout le monde sait que je suis un alcolo !
Mais non ! Revenons au livre, donc ce n’est pas une biographie, qui donc l’a écrit, quand es ce qu’il va sortir ?
Oh mollo, tu as dû en snifer une belle ! Tu as l’air remonté comme une putain de pendule !
Que racontez-vous, je ne prends jamais de …
Ça va si tous savent que je suis un pochard, ils savent que toi par contre ton petit nez en trompette est en fait un aspirateur à neige !
Votre livre donc …
Ouais mon livre, Richards Bates l’a écrit.
Ouah Richard Bates !
Bah quoi ? Je ne suis pas assez bien pour lui ? Tu aurais préféré que ce soit ce tocard de Stephen King, ou le français là, comment il s’appelle encore ce con ? Guillaume Muse je crois, bref Richard est un ami.
Ok, et de quoi cela parle-t-il ?
D’amour
Arrête de faire cette tronche quand je prononce ce mot, ou je te fais bouffer ton micro !
On se calme ! d’amour vous dîtes, je sais que je me répète mais c’est vrai que votre réputation de célibataire endurci vous colle à la peau, on vous a vu au bras de beaucoup de jolies créatures, mais jamais plus de quinze jours d’affilés.
C’est vrai, je n’ai aimé qu’une fois, je ne veux plus jamais, enfin je ne peux plus jamais ressentir ça.
Ah oui ? C’est assez troublant ce que vous me dites la, et comment s’appelle cette personne, si vous voulez bien nous en dire un peu plus ?
Santino.
 Italienne, je suppose ?
Non il est sicilien !
Ok, une sicilienne, je comprends mieux maintenant, avec un caractère trempé comme le vôtre …
Bordel il va vraiment falloir se calmer sur la pignolle mon vieux ! J’ai dis UN sicilien!
Le journaliste reste bouche bée.
Je pense que nous allons prendre une pause…
Non ! Tu veux  que je déballe tout c’est ça ? Ok préviens les moutons devant leur poste, comment disent les jeunes déjà ? SPOILER ALERTE !
 Nous prenons quand même une pause, nous revenons dans quelques instants, ceux qui ne veulent pas en savoir plus et bien…
Pfff tout le monde veux savoir !

Après une pause plus longue que la précédente, le régisseur indique au journaliste que le taux d’audience a quintuplé depuis le début de l’émission.

Nous voilà de retour avec Hank Palermo, je lui laisse la parole.
Ouais… alors cette histoire a commencé dans notre bonne vieille ville de merde ….MIAMI !


                            2




Miami-beach est une ville à part entière, la plupart des gens pensent qu’elle est un quartier de sa grande sœur d’en face.
Et comme dans toute bonne ville de ce pays, elle a un lycée merdique.

Je suis en train de fumer au chiotte, accroupi sur la cuvette, John Lennon braille dans mes oreilles pendant que je lis un tas de trucs intéressant sur les murs crade.
« Le docteur (e) Maria Rodriguez est une pute ! »
Je me demande si ce n’est pas de moi ça ?
De toute façon qui a déjà porté un dirlo dans son cœur ?
Je regagne le couloir, je me dis qu’il ne manque plus que la ligne verte.
Ma mère sort de la salle de réunion les yeux rouges.
Allez vient henry, nous t’attendons.
Muais je sais de toute façon ce qu’ils vont dire !
Viens !
J’entre, toutes les têtes de cons que peut compter ce bahut sont réunis.
Putain, je ne pense pas avoir vu autant de connards en même temps dans un espace aussi confiné.
Le conseiller d’éducation se lève, je me dis :
tiens il va chanter !
Mon rire intérieur a du transpirer car il m’a lancé un regard noir.
Je vais rappeler les faits.
Lors de la sortie scolaire qui a eu lieu dans le cadre de la célébration de la fête des Tequesta, nous avons décidé d’organiser une sortie au Miami-circle à Brickell point…
Quand tu penses que ce mec, Baumon, quand il a découvert le site archéologique a commencé par ne le dire à personne, histoire qu’on ne vienne pas l’emmerder, puis quand ça c’est ébruité il a négocié avec les politicards véreux de l’époque, il a dû leur promettre un appart’ dans sa future résidence, sorte de mouroir de luxe pour vieux shnoque pété de tune. Il a proposé de le déplacer, il ne va pas se laisser emmerder par des cadavres d’emplumés à la con ! Et puis quand le peuple s’en ai mêlé, il a accepté de conserver le site tel quel et de bâtir à côté. Histoire de faire gober à tous que cela était son idée première, il a proposé qu’on lui refile le blaze du co(n)-fondateur de la ville, Brickell.
Le conseiller donne la parole au professeur d’histoire.
J’avais encouragé les enfants de s’habiller en conséquence, la plupart ont joué le jeu en se costumant comme les amérindiens de l’époque, Henry est arrivé euh… habillé comme un conquistador.
Bah quoi j’ai mis des mois à dégotter toutes les pièces de mon costume de Ponce de Léon ! Et c’est lui, le prof qui nous a toujours dis que si l’on veut comprendre une histoire il fallait se placer des deux côtés de la barrière.

Je lui ai fait une remarque, il m’a répondu qu’il y avait le calumet quand même !
Le calumet ? Demande la directrice.
Oui il avait en bouche un calumet, plutôt une grande pipe.
Et il s’avérait qu’elle contenait ?
De la marijuana madame la directrice.

De la putain de beu cubaine ouais !
Il poursuit.

il finit par utiliser cette pipe et en faire profiter certains de ses camarades, pour finalement …
Ok je voudrais qu’henry nous explique ce qui s’est passé exactement.

Je me lève en faisant grincer ma chaise.

j’ai eu envie de chier et j’ai demandé au prof, qui m’a dit d’attendre, mais quand je fume de l’herbe et bien ça facilite mon transit intestinal.
Je me suis lancé à recherche de chiottes, au bout de dix minutes je suis tombé sur une salle obscure, où trônait au milieu une boite avec un trou au sommet, je me suis dit « cool » des gogues indiennes et j’ai posé ma pêche.
Puis ce gardien de me…enfin ce gardien m’a attrapé, j’ai à peine eu le temps de remonter mon phalsard, il m’a trainé hors de la et m’a dit que je venais de chier dans une urne destinée aux offrandes des dieux, un truc comme ça, le prof est arrivé il lui a raconté l’histoire et puis voilà quoi.

Je repose mon cul sur le siège en bois.

Le problème enchaine le Docteur(e), c’est que cela fait la quatrième fois que vous êtes convoqué par le conseil de discipline, donc nous avons décidé de vous renvoyer jusqu’à la fin de l’année, nous réviserons votre cas en début de cession prochaine, la séance est levée.

Quand tout le monde est sorti, la dirlo chopa ma mère dans le couloir, nous invitant à la rejoindre dans son burlingue.

je sais que tu es un quelqu’un de bien Henry.
Ouais, c’est pour ça que vous me tapez dehors hein ?
Je ne suis pas la seule décisionnaire, mais j’ai quelque chose à vous proposer, je sais que ça va vous paraître loufoque mais laissez-moi finir et ensuite je répondrais à vos questions.
C’est là qu’elle nous a dit qu’il y avait un programme d’échange entre écoles que cela était en relation avec le jumelage des villes, Miami qui l’était avec Palerme (oui oui en Sicile !) n’avait jamais eu l’opportunité d’envoyer qui que soit.
En clair c’est une histoire politique, mais pour moi c’était « niet » je préférais glander chez moi à jouer de la gratte, que de traverser l’atlantique, direction le pays des bouffeurs de pâtes.
Mais depuis quand c’est moi qui décide.
Tout fut réglé par la municipalité, si bien que quinze jour plus tard je suis là dans l’aéroport Falcone-Borselinno de Palerme.
La Vida loca quoi !


                            3

Nous allons faire une pause si vous le voulez bien ?
Ouep c’est pas de refus j’ai une de ses envies de pisser !
Restez avec nous, si vous voulez connaitre la suite.

Hank est de retour bien avant Howard.
vous allez bien ? Pouvons-nous reprendre ?
Ouais ouais, c’est juste que …enfin voilà quoi !
Antenne dans 4, 3, 2, 1 …


Pour rallier le centre-ville, je devais prendre le métro, ma mère m’avait préparé tout un itinéraire.
Donc plan en main j’essaie de me retrouver dans ce dédale à la con.
Je trouve la bonne direction, je m’assoie à côté d’un jeune qui ronfle comme un sonneur.
Mais en fait c’était une ruse, arrivé à la station suivante, le gars se lève et sors en vitesse, sur le moment je me demande ce qui lui arrive à celui-là et là je me rends compte qu’il m’a tiré mon larfeuille le petit enculé !
J’arrive à sortir, non sans me faire écraser par les deux portes, je scrute le quai, par chance il n’y a pas un rat, je repère le voleur, je lui cavale après.
En y repensant bien je n’ai jamais vu un mec, un pick-pocket courir aussi mal, quelle fiotte !
Une fois que je le chope, je le fous au sol.
Tu vas rendre ce que tu m’as chouré enfoiré de Rital !
Ta gueule l’amerlocque !
Merde il cause anglais ce con.
Je le relâche, m’assieds à ses cotés, harassé, entre la course poursuite et le jet lag…
Bon tu me le rends !
Ouais c’est bon, c’est bon tiens
Tu as appris notre langue à l’école ?
Qu’est que ça peut te foutre ?
Oh tu veux faire le Kakou ? Sérieux ?
OK, ok mon père est américain et toi tu fiches quoi ici loin de chez toi ? Laisse-moi deviner Alabama ? Iowa ?
Va te faire foutre connard ! Miami mon pote !
Il a un sourire, c’est même le plus beau sourire que j’ai jamais vu.
Santino, mais tout le monde m’appelle Santi !
Henry, mais tout le monde m’appelle Hank !
D’accord Hank, ne restons pas là, allons boire un café, que tu vas m’offrir bien évidement !
Bien évidemment !
C’est le début de tout, comme si ma vie venait seulement de commencer à cet instant, comme si je naissais une deuxième fois.
Nous nous racontons nos vie, son père militaire de carrière a épousé une fille du coin, une éleveuse de buffle du levant (dont le lait sert à la production de mozzarella), notre passion commune pour le rock, Joy Division et Léonard Cohen ! Il me dit que ses vieux aimeraient qu’il reprenne l’exploitation, mais pour lui c’est tout vu ! C’est rock star ou rien !
Je lui narre mes exploits, à chaque fois il rit, à chaque fois je le trouve plus beau. Je romance même certaines de mes histoires pour être sûr de déclencher cette hilarité sexy.
Putain j’ai le coup de foudre.
Je ne me suis jamais réellement posé la question de mon orientation sexuelle, en fait la plupart des gonzesses du bahut sont des petites pétasses snobinardes et puis je ne suis le genre de mec à tergiverser pendant des plombes, alors oui je n’ai qu’une seul envie c’est de l’embrasser.
Bon écoute il va falloir que je me pointe à l’école, sinon je vais me faire pourrir, ils seraient capable de m’envoyer je ne sais où encore !
Donne-moi l’adresse.
Je lui tends la paperasse que maman m’a refilé.
Ouais c’est à coté, on y va ?
Yes.
Arrivé là-bas, un type qui semble sorti tout droit d’un film de mafieux de seconde zone me reçoit.
Il baragouine dans un sabir moitié anglais, moitié je ne sais quel patois local, selon lui je dois aller me présenter sur le campus de l’académie des beaux-arts qui est juste en face. Il me donne une fiche que je dois remettre à l’intendant une fois là-bas.
Dis-moi Santi, tu crèches où toi ?
Ses yeux s’enfuient.
Ici et là.
Et tes vieux ?
Tu penses que l’on élève des buffles en centre-ville ?
Bah non !
Ils vivent à cinquante kilomètres au nord.
Ah ? Et tu retournes là-bas …
Non, mon père est un con, il ne comprend pas que je suis un artiste, alors je squatte à droite à gauche …
Oh je vois …
Une fois sur le campus, l’intendant m’amène à ma piaule.
Il commence à radoter en rital, santi fait le traducteur.
En résumé j’ai une chambre double, mais la direction préfère que je sois seul pour d’obscures raisons.
En fait c’est la meilleure nouvelle de l’année !
Et santi si tu veux, tu peux ronquer ici ce soir, enfin si tu n’as pas peur d’un bel et ténébreux américain.
Encore ce sourire.
Il me pousse à l’intérieur, et ferme la porte.
À partir de ce moment nous ne nous quittons plus.
Le matin il part un peu plus tôt, histoire de ne pas se faire griller par l’intendant, moi je file à l’école, je le retrouve le midi, puis le soir il me raconte sa journée.
Notre but, c’est la musique, la nuit pendant que j’écris les paroles, il compose avec sa vieille gratte, trois soirs par semaine nous faisons le mur pour aller jouer nos compos dans les bars du centre contre quelque boissons.
C’est notre lot quotidien, du moins jusqu’au soir où un type après une de nos prestations, vienne à notre rencontre.
Bonsoir je me présente Mario Zito, je suis le directeur de l’académie des beaux-arts de Palerme.
bonsoir, Hank et santi.
J’ai beaucoup apprécié votre nouveau morceau.
Cela voulait dire que ce n’est pas la première fois qu’il vient nous voir jouer !
Il nous fait une proposition.
Pour clôturer l’année il y a un concert organisé dans l’enceinte de l’académie, il veut que nous fassions parti de la programmation.
Vous avez assez de morceaux pour …
Euh no…
Bien sûr, me coupe Santi !
Parfait, vous pouvez utiliser nos locaux pour répéter, je préviens le responsable pour qu’il vous inscrive.
Il nous salue, se lève en nous laissant planter là, hébétés.
Putain mais tu es dingue, c’est dans un mois !
T’inquiète pas comme ça … encore ce sourire.
Nous travaillons dur pendant trois semaines, une répète par jour de deux heures minimum.
Deux jours avant, alors qu’il est sous la douche, je fouille dans ses affaires pour trouver le numéro de ses parents, j’aimerais qu’ils voient leurs fils, qu’ils découvrent l’artiste.
Le jour ou le dirlo nous a fait cette proposition j’ai directement appelé maman, qui dans la foulée a réservé un billet d’avion (en fait je ne le savais pas mais elle avait prévu de me faire la surprise ).

Je laisse un message sur le répondeur de ses parents, j’espère qu’ils viendront.

Nous jouons dans dix minutes.
Et là le maitre de cérémonie se pointe.
Dites les gars c’est quoi le nom de votre groupe ?
Putain on n’y a jamais pensé !
Santi me regarde en éclatant de rire.
C’est Mozz and rella !
OK.
Je souris, il m’embrasse.
Je trouve que c’est un nom à la con mais en fait je m’en fiche.
Sur scène c’est formidable, je sais à cet instant que c’est ce que je veux faire jusqu’à la fin de mes jours.
Le dernier morceau arrive, Santi repère ses parents dans le public, me dévisage, je ne sais pas s’il est heureux ou pas.
Son solo de guitare qui clôture notre show est magnifique, le public est en extase, il exulte quand la dernière note sonne.
J’en ai la chair de poule.
Je prends Santi dans mes bras et il m’embrasse.
Je suis au paradis.
Malheureusement, tout va s’écrouler comme un putain de château de cartes.
Son père monte sur scène l’attrape par le bras, le tire violemment, lui colle un pain.
Je m’en mêle.
Toi, fait gaffe à toi, si tu ne veux pas que je te dénonce à la police pour détournement de mineur !
Je me rends compte que je n’avais jamais demandé l’âge de Santi.
Il avait dix-sept ans, moi j’allais sur ma dix-neuvième année, alors je sais que c’est ridicule mais apparemment ici on ne rigole pas avec ce genre de truc.

                            4

Je suis de retour, Miami-beach, de retour dans ce bahut de merde.
J’ai passé l’été à ressasser, à pleurer, à essayer de comprendre.
C’est la rentrée, maman me dépose devant l’entrée.
Je reste figé.
Puis je fais demi-tour.
Chez moi je fous quelque fringues dans un sac, je pique la carte bancaire de la matriarche et prend un bus en direction de l’aéroport.
C’est aussi en bus que je rallie la ferme des vieux de Santi.
Devant celle-ci, mon cœur s’emballe.
Je tire sur la corde d’une grosse cloche.
Son père se présente.
Entre, me dit-il d’un ton détaché.
J’ai un mauvais pressentiment, il me laisse entrer comme ça sans prise de tête, moi qui me suis préparé tout un scénar dans l’avion !
Je suis assis, sa mère nous a rejoint.
écoute, je sais que tu penses que nous sommes des parents indignes, mais sache que nous aimions Santino de tout notre cœur…
Nous aimions ?
Veuillez attacher vos ceintures et relever vos tablettes nous entrons dans une zone de turbulences.
Il est parti.
J’ai pu récupérer quelques trucs, ses carnets de note, sa guitare et quelques photos.
Je suis rentré à la maison.
Mais une partie de moi est resté là-bas avec lui, plus jamais je ne suis tombé amoureux et je doute que j’y arriverais un jour.

Hank se prend la tête, les larmes coulent sur son visage usé.
Donc votre premier album… santi Miami…
Oui c’était pour lui.
Hank se lève, allume une cigarette et disparait derrière les caméras.

c’était Hank Palermo, qui …
Howard se lève à son tour.
Coupez !



                        FIN

    Distorsion Mr Sulu !

Il fait froid en ce janvier 1942, cela fait des années que ce n’est pas arrivé ici à Los Angeles, de la neige !
Quatre types avec un costard identique, descendent d’une grosse berline noire aux vitres teintées.
Quatre agents, en fait, et comme les mousquetaires, ils sont au service du pouvoir en place, au service du bureau fédéral d’investigation.
L’un d’eux frappe à la porte de ce bel appartement situé en plein cœur de Little Tokyo.
FBI !
La porte s’entrouvre doucement.
Mr Takei ?

29 octobre 2000, studio principal Hollywood, Californie.

Le tournage de la dernière série estampillée star-trek débute aujourd'hui.
Celle-ci est boudée par la plupart des acteurs de l’originel, sauf Georges Takei, lui qui a incarné « Mr Sulu » pendant bien des années.

Il est en pleine conversation avec un des réalisateurs.

c’est un honneur de vous avoir sur le plateau !
Merci de l’invitation.
C'est normal voyons, avez-vous lu le script ?
Oui je suis en train de le terminer, c’est pas mal.
Je suis content que cela vous plaise, je sais que certain de vos collègues…
Oubliez ces rabat-joie !
Cette histoire de camp où sont retenus les civils Salibans …
Oui ?
Elle me rappelle de biens mauvais souvenirs, j’étais tout gosse, mais ce genre de choses traumatisantes ne s’oublie jamais.
Il faudra me raconter ça un jour, l’on pourrait en faire un film, mais là on va commencer le tournage.
Il y a un bruit, un claquement, les lumières s’éteignent toutes, les générateurs de secours s’enclenchent dans un concert mécanique.

Finalement nous allons avoir le temps, non ? ricane George.
Effectivement ! Je vais chercher du café et je vous écoute, puis-je prendre des notes ?
Bien sûr! Je me rends compte que je n’ai raconté cette histoire qu’à mon compagnon. Soit je vous attends.


Le 7 décembre 1941, les forces aéronavales japonaises attaquent dans la surprise générale la base de Pearl Harbor, située sur l’île d’Oahu, à l’ouest d’Honolulu (Hawaii).
Elle est ordonnée par l’empereur Hirohito, qui par cette destruction de la flotte du pacifique riposte à l’embargo imposé par les Etats-Unis cinq mois plus tôt.
Cet événement, mené conjointement par le général Hideki Tojo et l’amiral Isoroku Yamamoto va provoquer l’entrée en guerre des américains.
Après l’incident de Niihau, du nom de la plus petite île de l’archipel, où un pilote nippon, Nishaichi est aidé par la population locale (quasiment tous d’origine japonaise) après s’être écrasé à bord de son avion, Franklin Roosevelt estime que la capacité d’allégeance raciale est un danger pour la sécurité nationale et en réponse à cela il décide d’interner la plupart des nippo-américains du territoire.
Il ordonne la mise en place d’une dizaine de camps, situés par exemple en Arkansas, dans le Wyoming, en Arizona ou encore en Californie.

1942

-Mr Takei ?
Oui ?
Veillez rassembler votre famille, prendre vos papiers et nous suivre.
Mais comment ça, et pour aller où ?
Monsieur ne m’obligez pas à demander aux soldats de la garde nationale…
Ça va, Ça va nous arrivons !

Nous sommes devant un bus, où d’autres personnes nous scrutent par les vitres.
Regarde papa, ils sont tous comme nous !
Oui mon fils, je vois, allez, monte et ne parle à personne.
Nous prenons place, je m’assois entre mes deux parents, papa me sourit.
ne t’inquiètes pas, personne ne nous fera de mal.
Mais où nous emmène-t-il ?
Je ne sais pas, mais nous sommes dans un pays, où les lois sont respectées donc il n’y a pas de soucis à se faire.
Mon père me prend dans ses bras.
Tu sais que c’est ton grand père qui mit la première fois un pied sur le sol américain !
Ah oui ?
veux-tu que je te raconte son histoire ?
Bien sûr !


Le 7 mai 1888, un bateau baptisé « scioto » quitte le port de Yokohama en direction d’Hawaii.


                        2

153 migrants, descendent de ce navire, tous japonais.
Arrivé sur l’archipel, Takashi Takei (mon grand-père) trouve un travail dans une exploitation sucrière.
Les journées sont longues, le salaire est misérable et les logements sont précaires.

grand papa fabriquait du sucre donc ?
Oui si on veut. Répond papa avec douceur.
Et quand est ce qu’il rencontre grand maman ?
On y arrive ne sois pas si impatient !
Moi j’aime quand il y a une histoire d’amoureux, tu le sais bien.
Oui je le sais mon grand, je le sais.

Papa prend la main de maman, elle place sa tête au creux de son cou.

Continue papa s’il te plait.

Après un bref coup d’œil dehors, il reprend son histoire.

Le climat est très particulier sur l’archipel, cela devient étouffant passé midi.
Ce jour-là il fait une chaleur infernale, les ouvriers sont systématiquement rationnés en eau, mais aujourd'hui la température est telle, que beaucoup ont du mal à ne serait-ce que rester debout.
Takashi, malgré qu’il n’a pas le droit de se déplacer sans en demander l’autorisation, s’octroie une pause, il a soif, il regarde autour de lui s’il ne voit pas une des porteuses d’eau, ces femmes qui, toute la journée crapahutent, une barrique sur le dos, une louche accrochée à leurs ceintures, elles sont là pour donner à boire aux hommes, mais certains imaginent que l’on leur a attribué d’autres obligations.
Takashi arpente les travées à la recherche d’une d’entre elle.
Il entend un cri étouffé.
Arrivé derrière le baraquement qui leur sert de toilettes, de réfectoires et de vestiaires, il aperçoit une femme au sol, jupe relevée, culotte baissée, trois hommes sont  au-dessus d’elle, deux pour lui tenir les bras, le troisième entre ses jambes, prêt à commettre l’irréparable.
Takashi attrape une pelle, en un éclair frappe un de ces salopard si fort dans le dos qu’il en tombe à la renverse.
Si j’étais vous je prendrais mes affaires et j’irais me faire pendre ailleurs !
Les trois lascars ne demandent pas leurs restes et filent en l’insultant copieusement dans leur langue natale.
Puis il pose son arme de fortune pour relever la pauvre femme.
merci beaucoup ! Lui dit-elle
Elle est magnifique, sa peau est comme de la porcelaine, ses grands yeux vert, sa longue chevelure, il n’en faut pas plus, Takashi est sous le charme !
Takashi, je m’appelle Takashi Takei.
Elle s’époussette avant de lui répondre.
moi c’est Atsuko, Atsuko Anzu.
Ils savent tous les deux que c’est le début d’une histoire, le début de leur histoire, le début de notre histoire.

Le bus s’arrête dans un bruit strident.
Nous sommes sortis de la ville, un troupeau de vache bloque la route, deux agents descendent.
Un autre nous dit :
ne bougez pas, nous repartons tout de suite, nous serons arrivés dans une heure à peu près.
Quelque minutes plus tard, le bus reprend sa course vers l’inconnu, papa (? Il ne manque pas un mot ?) son histoire.

Le contremaitre de la plantation est d’origine japonaise, Tatsu Gato est un homme dur, intraitable quand il s’agit de business, il autorise les châtiments corporels en cas de besoin.
La plupart des ouvriers sont analphabètes, ou peu cultivés.
Takashi était professeur d’anglais avant d’entrer dans l’armée, il essaie de lire dès que l’occasion se présente.
Ce matin un des sbires de Gato a laissé trainer un journal dans la salle commune, Takashi le ramasse et le cache, histoire de pouvoir le lire en paix le soir venu.
Après le souper il va rejoindre en douce Atsuko, il lui fait la lecture, elle l’écoute, suspendue à ses lèvres, les yeux pleins d’admiration (pas de s) pour son professeur.

Je sais que tu aimes quand je te fasse la lecture, mais j’aimerais te parler de quelque chose.
Oui bien sûr je t’écoute !
Dans le journal que j’ai trouvé ce matin, il est question d’un mouvement anti-japonais, des histoires comme quoi les migrants sont la cause de la hausse soudaine du chômage…
Une des filles m’a dit que les gérants du magasin d’alimentation où elle va faire les commissions pour la plantation, l’insulte, la raille sans cesse depuis quelque temps…
Et j’ai lu qu’un groupe a été créé à San Francisco pour dénoncer ces problèmes d’immigration.
Que penses-tu que nous devrions faire ?
Je ne sais pas encore mais j’ai eu vent qu’en Californie, à Los Angeles il y avait un quartier où ne vivent que des japonais, sorte de « Japantown » Little Tokyo en quelque sorte.
Oui mais tu penses que Gato nous laissera partir comme cela ?
Je ne sais pas, non en fait il ne le fera certainement pas.
Nous en reparlerons plus tard, bonne nuit ma douce.
Bonne nuit mon beau professeur !

Une semaine plus tard, des partisans du mouvement anti-nippon entrent dans la plantation, ils y mettent le feu et lynchent Tatstu Gato, il est retrouvé pendu, devant l’entrée de la baraque qui lui sert de bureau.
La plupart des ouvriers sont arrêté, d’autres réussissent à s’enfuir.
Takashi et Atsuko sont en route pour la cité des anges.

Little Tokyo porte bien son nom, ici tout ressemble à la capitale du japon, mais version californienne bien évidement.
Les deux amoureux, ont trouvé un travail dans un bar de la 33ème rue, une espèce de taverne asiatique à la sauce western en quelque sorte.

le bar de grand-papa ?
Oui mon p’tit gars, c’est le tout premier de la dynastie Takei ! Dit-il en éclatant de rire.


Mon père a créé une chaine de ces « tavernes » asiatiques, les premiers sushi-bar, qui sont maintenant comme tout le monde le sait monnaie courante.

Le patron du « Kyoto » est en réalité un sino-américain qui se faisait passer pour un japonais, il est bon avec le jeune couple,  il n’a pas d’héritier, il leur dit sans cesse que tout leur reviendra s’ils travaillent bien.
Takashi apprend vite, il devient bon barman en très peu de temps, il excelle aussi dans la comptabilité et la gestion, bien mieux que le vieux patron, qui délègue de plus en plus, qui est malade, et qui décède deux ans et demi après leur arrivée.
Il ne mentait pas, Takashi et Atsuko héritent de tout, c’est du moins ce que leur annonce le notaire qui s’occupe des affaires du défunt.
Ils se marient, obtiennent la naturalisation le même jour, tout est en règle, une nouvelle vie peut commencer.
Une vie paisible, une vie de travail, de joie. Ton oncle Shaw arrive le premier, puis à mon tour je débarque dans cette famille aimante, grandissant dans un cadre agréable, avec toutes les choses nécessaires qui permettent à un jeune garçon de devenir un homme épanoui.

Jusqu’à l’accident ?
Oui jusqu’à l’accident …

Cette nuit, où des cambrioleurs entrent dans le bar par effraction, et tentent de voler la recette, et toutes les choses de valeurs.
Takashi n’est plus cet homme, travaillant dans une plantation hawaïenne, tout ce qu’il a, c’est à force de travail qu’il l’a obtenu, pas question que ces malfrats le volent.
Mais l’affrontement tourne court.
Cette nuit nous dormons chez une voisine, car tes grands-parents veulent se retrouver, histoire de raviver cette flamme qui au fil du temps a perdu de son intensité.
Ils ont prévu de visiter le reste de la cité, car de L.A ils ne connaissent que « japantown ».
Les bandits abattent  de sang-froid Takashi, puis incendient l’établissement, non sans avoir enfermée Atsuko dans sa chambre, qui finit par mourir  brulée vive.
Arrive le temps des foyers et autres famille d’accueil.
Ton oncle Shaw disparait le jour de ses 21 ans, il n’est jamais réapparu.
Encore aujourd'hui, j’espère toujours avoir de ses nouvelles.
 A ma majorité j’hérite de tout ce que possédaient mes parents, je rebâtis tout de mes mains le jour, la nuit je potasse sur mes cours universitaires.
Je rencontre ta mère dans un groupe de travail.
Diplôme en main, nous rouvrons le « Kyoto ».
Nous nous marions alors que ta mère est enceinte de …toi.
J’ai tout mis en œuvre pour créer cette entreprise florissante, ton héritage mon fils…enfin si les événements qui vont suivent ne viennent pas tout gâcher …


                            3



Le courant est revenu, George plisse les yeux, la lumière synthétique a toujours cet effet sur lui.
Bon je crois que je vais vous laisser travailler.
Non attendez ! Et la fin de votre histoire ?
Non je suis … enfin j’en ai assez dis pour aujourd’hui, allez je vais faire un tour sur le plateau ok ?
Sans problème, allez-y.

Le soir devant son ordinateur le réalisateur, veut en savoir plus.
Il pianote, tape des mots clés comme Camp, USA, Japon, et George Takei, il atterrit sur un site parlant de celui de Manzanar.
Ce n’est pas celui où a été interné Mr «Sulu » apparemment, mais une photo l’interpelle, ainsi qu’un témoignage en particulier.

Le camp de Manzanar en Californie est le plus grand de tous, 110000 internés au total.
Ce lieu qui se traduit « pommeraie » en espagnol est un village amérindien, l’intégralité du terrain appartient à l’armée américaine, celle-ci va louer 6200 acres au gouvernement pour y mettre ces baraquements de la honte.
La population locale, farouchement opposée au début se plient aux exigences des dirigeants, ceux-ci les obligeants même à travailler pour eux.
Un cliché d’un jeune garçon descendant d’un bus lui rappelle l'histoire que Mr «Sulu » lui a conté un peu plus tôt, cela aurait pu être lui.

« À peine descendu, nous sommes pris en charge par la garde-nationale.
Un appel est effectué.
Nous sommes affecté dans différents baraquements, les familles sont séparées, les enfants d’un côté, les parents de l’autre, ce sont de grandes chambres je me rappelle que c’est la première fois que je voyais une femme indienne.
Bonjour madame Le Sqaw.
Bonjour mon petit. Répond-elle en souriant
C’est vrai que j’étais petit, frêle, cette dame m’a pris en affection, tout au long de mon calvaire, elle m’apporte diverses choses, un matin en me levant je vois un dream-catcher accroché au-dessus de mon oreiller.
Je l’ai tout de suite retiré pour le cacher, car ici le vol est fréquent, les plus grands rançonnent les plus jeunes et gare à ceux qui se rebellent.
Une fois j’ai vu un gamin se faire ouvrir le crâne, juste parce qu’il avait refusé de donner un peu de dentifrice.
Tous les jours des agents nous interrogent.
Des questions sur nos papas et sur nos mamans, leur travail, leurs amis et d’autres choses encore.
Si les réponses ne leur semblent pas satisfaisantes nous sommes confinés avec interdiction pour nos parents de nous voir pendant une période indéterminée, cela peut durer plus  d’un mois !
Quand nous avons la chance d’être ensemble, c’est toujours sous haute surveillance.
Nous sommes libérés en 1945, c’est le nouveau président Truman qui en donne l’ordre.
Ceux qui n’étaient pas de nationalité américaine sont renvoyés au japon, j’apprends bien plus tard que la majorité d’entre eux ont disparu, on peut imaginer que l’accueil de leur ancien compatriote n’a pas dû être des plus chaleureux.
Maintenant je suis à l’université. Je participe à un colloque sur les déportés, je me rends compte que personne ne parle de nous, même si je n’ai pas l’audace de comparer notre sort aux victimes des camps de la mort, il est important que les gens se souviennent que même ici dans ce pays qui se gargarise d’être le garant de la démocratie, il y a eu aussi des « camps ».

Le réalisateur ferme son ordinateur, attrape son téléphone.
Oui c’est moi, rappelez moi d’appeler la boite de production demain, j’ai une idée pour un long métrage. 


                        FIN
   le champion et le paysan.
 
Vous saviez que Lamborghini est à l’origine une entreprise de construction de tracteur agricole ?
 
Le clignotant arrière droit émet un petit bruit, tic tac, comme un rythme cardiaque régulier, seul rescapé de la tragédie, tel une balise fébrile qui disparait petit à petit avec le jour naissant.
La belle italienne a perdu de sa superbe, elle est froissée, pliée, à l’agonie, pourtant si ronflante limite arrogante sur cette route de campagne hostile, elle qui est faite pour les pistes fraichement asphaltées.
L’aiguille du compte-tour donne du fil à retordre à celui du compteur, tel deux compères se tirant la bourre.
Le fuselage de la belle, d’un blanc immaculé fait tache au milieu de ce décor champêtre.
Contrairement à elle, le tracteur lui, est dans son élément, travailleur acharné, privilégiant la force à la vitesse, robuste, géant aux roues immenses et boueuses, il sillonne ces routes abimées, ces accotements meubles avec une aisance insolante.
Leur rencontre est inévitable, la belle et la bête, deux mondes vont se télescoper.
Mais si pour elle c’est son chant du cygne, pour lui il n’en est rien, le colosse sait encaisser, dans un orchestre de crissement de pneumatiques, de bruit de tôle, le choc est d’une violence rare.
Le calme est revenu, un calme annonciateur de tempête.
 
Le paysan descend de son tracteur, il est un peu sonné, il ne comprend pas bien ce qui vient de passer.
    •    Putain mais c’est quoi ce bordel ?
L’odeur de carburant se mélange à celui d’autre liquide qui s’est déversé sur le sol, tel le sang un cerf blessé à mort.
L’aurore  laisse apparaitre de plus en plus le sombre tableau.
Il sort son téléphone, enclenche la fonction lampe de poche, tout en écarquillant les yeux il tente de comprendre.
La voiture est éventrée, une des roues est manquante, du verre craque sous ses pied.
Il s’approche de l’avant, il voit un corps inerte, gisant là, baignant dans une mare de sang.
Il pose son téléphone, se glisse sous l’amas de tôle pour vérifier si le conducteur est encore en vie.
Il respire.
Il fixe son visage tuméfié.
Il le connait.
Tout le monde le connait en fait.
 
Ce n’est jamais facile de revenir.
Surtout quand on est parti depuis si longtemps.
Lui qui est devenu, un adepte de la vie mondaine, du faste, des paillettes, un monde où rien n’est vraiment réel, tout est  superficiel.
Alors quand un journaliste lui pose une question sur son enfance, ses parents paysans…, il élude à chaque fois, lui qui tente depuis toujours d’occulter cette partie de sa vie, comme si elle n’avait jamais eu lieu, comme s’il était amnésique.
Mais quand il s’agit de la famille proche, un petit frère qui se marie, le suppliant presque pour qu’il l’honore de sa présence, il ne peut refuser, il sait par quoi tous son passé, tous se sont sacrifiés pour qu’il puisse atteindre le sommet de son art, le « noble art », la boxe a été une déesse très exigeante, réclamant toute l’attention, de ses parents, de ce père qui n’avait d’yeux pour son ainé, son « fils en or » comme il le nomma quand il décrocha sa médaille olympique.
Le cadet qui devait se contenter des restes, ne lui en a jamais tenu rigueur, comment pouvait-il rivalisé avec lui, gringalet asthmatique, haïssant le sport autant qu’il adorait la musique, la peinture et l’art en général.
Il a pourtant toujours considéré son ainé comme un exemple, un modèle, même quand Il le rabroue violemment pour des raisons diverses.
Pouvait-il décemment refuser cette invitation ?
Peut-être que cela lui apportera un peu de répit, il en a bien besoin en ce moment, entre la commission de la fédération qui le soupçonne d’avoir truqué plusieurs de ses combats, son manager qui l’a quitté avec un bonne partie de la caisse, non sans avoir omis bien entendu de frauder le fisc, sa femme qui a demandé le divorce, après avoir porté plainte pour  maltraitance et puis surtout cette sensation d’être dans la phase descendante de sa carrière.  
Il est trois heures du matin, le paysan se réveille.
 
Il est trois heures du matin, le champion n’arrive pas à dormir.
 
Tous deux prennent la route en même temps, l’un avec un peu de café dans l’estomac, l’autre avec un reste de vodka dans le sang.
 
Le paysan doit amener la production de pomme de terre a la coopérative, le champion quant à lui rentre chez lui, la maison de son enfance, il a toujours la clé et sa mère a laissé sa chambre tel quelle était quand il partit pour les jeux olympiques, il y a déjà cinq années.
 
Ils empruntent la même route, mais dans un sens opposé.
 
Le tracteur prend toute la largeur de la chaussée, tout feu allumé, il avance prudemment.
 
La countach vrombit, son moteur rugit au fur et à mesure que les rapports passe, elle n’a pas besoin d’éclairage, personne ne devrait se mettre en travers de sa course effrénée.
Au milieu du parcours, il y a une sorte de petit lavoir abandonné depuis bien longtemps, la faune locale a pour habitude de venir s’y abreuver, c’est un endroit calme, très calme, ce petit havre de paix va être témoin d’un drame d’une rare violence.
 
Le géant n’a pas le temps de freiner, quand il aperçoit  la pale italienne, il est déjà trop tard, le mal est fait.
Le choc est brutal.
Le bruit est tel qu’il résonne dans toute la campagne endormie.
David a osé défier Goliath et a perdu…
 
 
                                                                       2

    •    ça va ?
    •    Ho, tu m’entends ?
Il lui secoue le bras, mais pas de réaction.
Il ressort de l’amas de tôle, récupère son téléphone pour appeler les secours.
    •    allo ?
    •    Oui je suis sur la départementale 128, à la hauteur du lavoir…
    •    Oui et j’ai … enfin une voiture, … sa voiture m’a percutée de plein fouet…
    •    Non il est seul, je … il respire encore… je crois …oui il respire encore c’est sûr !
    •    Vous savez …c’est lui !
    •    Lui ! Le champion !
    •    Absolument …je l’ai reconnu…
    •    Oui oui, j’ai fais toute ma scolarité avec donc je sais ce que je dis !
    •    Ok …et je peux faire quelque chose pendant ce temps-là ?
    •    Lui parler ? Mais il ne … d’accord … faites vite.
 
Après avoir raccroché, il prend une grande respiration et retourne auprès de lui.
 
                                                                                  -

    •    putain la vache, j’ai fait une sacré culbute !
    •    J’ai la même sensation que lorsque je me suis fait dérouillé pour la première fois, je me souviens c’était dans cette petite salle de province, ça sentais le rance, la vielle chaussette et le vomi. Je suis sûr qu’il avait triché sur son poids d’ailleurs !
    •    Bon il faut que je me lève, je vais appeler quelqu’un pour qu’on vienne me récupérer, et puis j’espère que ma caisse n’est pas trop abimé, ça m’emmerderait d’avoir à expliquer au concessionnaire que finalement je ne vais la prendre !
    •    Allez c’est parti !
    •    Bah merde, j’ai dû me casser un truc, je n’arrive pas à bouger !
Soudain il aperçoit une ombre.
    •    bordel j’ai eu peur, mais putain qui c’est ce con ?
    •    Je te connais toi tu es …euh ? Allez aide - moi là au lieu de me fixer avec tes yeux globuleux, allo ? Tu réagis le pèquenot !
 
                                                                                  -

    •    bon il parait que je dois te parler !
    •    Ok …bah en fait c’est une première pour moi … de te parler hein, d’habitude toi tu m’insultes et moi je ferme ma gueule.
    •    Je suis sûr que tu te souviens pas de moi ?
    •    Hein ?
    •    C’est comme tu veux, tu préfères pas me répondre ? Tu peux continuer à me mater sans broncher ! Une fois que les secours arrive je me tire de toute façon, déjà que j’ose pas appeler mon vieux pour lui dire que j’ai bousillé son tracteur et une partie de la récolte de patate que je devais livrer.
    •    Tu t’en branles de tout ça toi « le champion »!
 
 
                                                                -

    •    Bien sûr que j’en ai rien à carrer de tes histoires de cul-terreux à la con, d’ailleurs tu dois en avoir une coincée dans les oreilles de patate, pour être sourd comme ça !
    •    Bah oui quoi ça fait une plombe que je te parle, je te réponds et toi tu …
 
                                                                            -

    •    En tous cas tes yeux fonctionnent ! À se demander s’il n’y pas que ça d’ailleurs qui n’est pas foutu
 
                                                                          -
    •    Par contre toi coté audition c’est toujours pas mieux.
    •    C’est pour ça que tu m’entends pas !
 
                                                                         -

    •    c’est pour ça que tu ne me réponds pas !
 
                                                                       -

    •    Tu es …
    •    Je suis …
    •    PARALYSÉ !  
Le paysan recule un peu
    •    bah merde alors !
    •    J’ai toujours voulu qu’il t’arrive quelque-chose, j’étais sûr que ça me rendrait heureux à ce moment-là, mais en fait …
                                                                                                                                  -
    •    tu es vraiment un enculé !
    •    Au lieu de tergiverser aide-moi !  
                                                                       -
    •    quand je pense à tout ce que vous m’avez fais subir tes potes et toi, ça allait de la petite claque derrière la tête en passant comme ça dans le couloir, ou bien enfermé la journée dans les chiottes, bâillonné, ligoté avec du scotch, pantalon en bas des pattes et ça c’était les jours où vous n’étiez pas en forme !                                                                        -
    •    on était gamin ! Tu sais à cet âge-là … enfin ce n’était pas si méchant quand même ?
    •    je sais que tu ne veux pas m’entendre, mais je suis désolé si c’est ça que tu veux que je te dise et puis ce sont de vieilles histoires, il y a plus important je pense ! Non ?
 
                                                                       -

    •    Tu savais que j’avais tenté de me foutre en l’air à cause de vos conneries ?
    •    Eh oui je sais que tu peux pas me répondre, mais je sais que tu peux m’entendre…enfin je l’espère du moins !
 
                                                                       -

    •    bien sûr que je t’entends ! Tu n’arrêtes pas de te plaindre ! Pendant que moi je suis là comme une merde molle étalée.
    •    Alors désolé que nos mauvais traitements t’ont poussé à faire ce genre de …enfin tu vois, je … nous pensions juste que tu étais une (espèce ?) de demeuré, l’idiot du village, ce genre de cliché … mais quand tu eu ton … ton accident avec le cheval, et bien je sais que ça fait genre le type qui se dédouane, mais sache que je n’étais pas d’accord, jusqu’au bout j’ai tenté de les en dissuader, mais il faut que tu comprennes que j’avais une réputation à entretenir, sans compter la pression que me foutait mon patriarche !
 
                                                                       -

    •    Tu te rappelles, la fois où vous m’avez attaché dans le box de ce cheval, tout le monde savait qu’il était cinglé, avec ses sabots il m’a pété le bassin …j’ai porté ce putain de corset pendant je ne sais combien de temps, et puis il y a eu ce truc aussi …enfin bref je te hais tellement.
 
Ses yeux sont plongés dans les siens.
 Et comme par magie une sorte de communication non verbale, de langage de type télépathique s’est instaurée, comme si leurs esprits se sont connectés  le champion dit :

    •    je suis désolé, vraiment !
    •    Oui c’est ça !
    •    Mais … tu m’as répondu, je t’ai entendu…
    •    C’est vrai ça, moi aussi je …tout en …alors que je n’ai pas bougé mes…merde c’est quoi ce délire ?!
    •    Je ne sais pas c’est comme si nous étions assis l’un en face de l’autre dans un bar.
    •    Comme deux potes, tu veux dire ?
    •    Bah ouais !
    •    Mon cul, je …ou alors nous sommes morts tous les deux et nous sommes dans je ne sais quel endroit tiré de la bible !
Le paysan tape de toutes ses forces sur un montant de porte.
    •    aie ! Bon et bien c’est officiel je suis barré !
    •    Les secours ne vont pas tarder non ?
    •    Euh oui oui, ils vont arriver d’un instant à l’autre, d’ailleurs c’est l’opératrice qui m’a conseillé de te parler…enfin je ne pense pas qu’elle voulait dire par télépathie, mais bon c’est le geste qui compte !
    •    Oui c’est sûr …
    •    Au fait je suis désolé de t’avoir parlé de mes petits problèmes d’ado, alors que toi tu es là en train de …
    •    Non c’est bon, mais je ne savais pas pour ta tentative de suicide.
    •    Oui c’est vrai que c’était une période vraiment difficile de ma vie.
    •    Je suis …je ne pensais pas que c’était à ce point-là, nous étions jeunes et cons, même si cela n’excuse en rien notre comportement puérile.
    •    Oui c’est vrai que vous étiez une belle bande de connard, mais aussi les types à qui tout le monde voulait ressembler, non sans blague, j’aurais tout donné pour être toi !
    •    Oui et bien tu sais, si tu veux tout savoir, à présent je préfèrerais être à la tienne.
    •    Oh arrête, la gloire, le fric, les bagnoles …
    •    Et les gonzesses c’est ça ?
    •    Euh bah …ouais !
    •    C’est un cliché, tout cela n’est pas réel, j’ai donné mon enfance, tout ça pour me faire cogner dessus, tu sais que je n’aimais pas la boxe à la base ?
    •    Ah bon, comment ça ?
    •    C’est juste que mon père était tellement, emballé, fier de moi et puis je pouvais lui demander tout ce que je voulais, donc je me suis persuadé que c’était ma voie, si j’avais su !
    •    En tous cas tout le monde ici est fier d’avoir un médaillé olympique comme enfant du pays.
    •    Hum tu sais que je l’ai paumé cette breloque ?
    •    Oh ?
    •    Ouais une partie de poker, de la coke enfin je te passe les détails sordides !
    •    Je vois, j’entends les secours qui arrivent je vais voir.
    •    Attend !
    •    Quoi ?
    •    Et si personne d’autre, enfin ne m’entend comme toi.
    •    ne t’inquiète pas pour ça.
 
Le paysan s’extirpa de l’épave avec un drôle de sourire.
Il indique au secours l’état du champion, puis il appelle son père pour lui annoncer la nouvelle.
 
 
                                                                                   3
Six mois plus tard.

    •    Ecoutez monsieur, je sais bien ce que vous ressentez, mais …
    •    Il n’y a pas de mais, je suis son père et je veux des réponses, c’est clair doc !
    •    Tout ce que je peux vous dire, il y avait aucun changement ces constantes étaient stables, et …
    •    Il est mort putain ! Comment avez-vous pu …
Le père éclate en sanglot, et sort de l’hôpital
 
À la fin de la semaine, le champion est inhumé dans ce village qui l’a vu grandir, qu’il l’a vu mourir. (mourir un seul R ! on ne meurt qu’une fois !)

    •    Je souhaite donner la parole à son ami qu’il a retrouvé, celui qui l’a secouru, un camarade des premières années de notre champion … celui qui est venu le voir tous les jours depuis son terrible accident jusque …
Le père donne la parole au paysan, incapable de continuer.

    •    Oui le champion est parti.
    •    Oui, il va peut-être pouvoir expier tous ses pêchers.
    •    Oui je suis venu le voir tous les jours, mais ce n’était pas pour le réconforter, non c’était pour le tuer !
Dans l’église les gens sont stupéfaits.
    •    Mais que racontes-tu petit pèquenot de merde ! Hurle le père ivre de rage.
Le paysan sort une arme qu’il pose sur sa tempe.
    •    que tout le monde recule ! Je suis prêt à vous raconter ce qu’il s’est passé mais vous devez rester calme sinon je presse la détente !
 
- Nous sommes en avril, les beaux jours sont de retour, aujourd'hui l’école est de sortie, une visite dans le haras du village est organisé, tout le monde se réjoui, mais pas moi ! Je hais ces canassons, je hais la vie à la ferme, alors quand il m’a parlé de pression quand il était là gisant dans son bolide broyé, j’ai eu envie de l’étrangler de mes propres mains, et moi donc, avec ses parents qui ne comprennent pas que l’on veuille vivre autrement qu’eux…
    •    ce jour-là j’ai tout perdu.
    •    Ce champion que vous pleurez, était un tortionnaire, lui et ses amis étaient de vraies bêtes sauvages.
    •    Chaque jour ils redoublaient d’inventivité pour me torturer, mais ce jour-là …
    •    Ils m’ont enfermé dans un box avec ce cheval, qui m’a donné un coup de sabot, mon bassin a été broyé…
Il reprend sa respiration.
    •    mais pas seulement, j’y ai  perdu ma …virilité !
    •    Seul mes parents et les docteurs sont au courant.
    •    Ce coup de sabot m’a littéralement estropié, l’opération n’a pas permis de sauver mes…
    •    Depuis je suis à la merci de cette vie d’eunuque, pas de relation, juste la ferme et puis c’est tout !
    •    Quand je lisais dans la presse, tous ces articles relatant cette vie de gloire, de fortune …
    •    Et puis voilà que le pauvre petit a des ennuis, oh comme cela doit être dur…
    •    Alors je lui ai rendu la monnaie de sa pièce.
Il fixe l’assemblée qui est suspendue à ses lèvres, remet l’arme sur sa tête et tire.
Journal du jour.
 Chronique des faits divers.
 
Aujourd’hui nous avons appris par la police que le champion, qui était dans un coma depuis son accident de la route a été empoisonné, effectivement après une autopsie demandée par le père de la victime, un sédatif que l’on utilise pour les chevaux a été retrouvé en quantité importante dans son organisme…
 
Une ferme, qui fut la proie des flammes la semaine passée, a révélé être un charnier, les enquêteurs y ont retrouvé les propriétaires morts exécutés par balle, ceux-ci étaient les parents du jeune homme qui avait avoué tuer de sang-froid le champion, avant de se donner la mort.
Une lettre a été retrouvé sur lui, il explique par exemple qu’il a eu de nombreuses conversations avec sa victime depuis le jour du drame, chose étrange alors que nous savons de source sure qu’il était dans un état végétatif…
 
                                                                                  FIN


    L’écriveur
Le jeune homme attend sur le pas de la porte, il est tendu, il a l’air inquiet, et, en même temps il ressent de l’excitation mélangée à cette angoisse naissante.
 Il frappe à nouveau à la porte, avec prudence, car ce qu’il s’apprête à faire est illégal, il enfreint la loi. En réalité c’est plutôt ce qu’il va demander qui est condamnable.
La porte s’ouvre bruyamment, apparait un homme de grande stature, de forte corpulence, les cheveux grisonnants épais et bouclés. Il fixe le jeune de ses yeux bleus délavés. Il lui dit :
Ouais c’est pourquoi ?
Et bien … balbutie le jeune.
Je me nomme William, William Alexander et j’aimerais vous demander …
Le jeune homme s’arrête brusquement et scrute les environs.
Alors quoi tu vas me dire pourquoi tu es venu me déranger ou pas ?
Ne t’inquiètes pas aucun agent de l B.L. ne pointe son nez avant le déjeuner.
L’ancien se met à rire, à glousser même, avant de lui ordonner de le suivre. William s’exécute et suis son hôte, en prenant soin de fermer la porte en jetant un dernier coup d’œil inquiet dans la rue.
Une fois passé le couloir de l’entrée, il pénètre dans une pièce qui a l’air, de servir de lieu de vie ou plutôt de … survie à son occupant.
Le vieil homme se vautre sur une sorte de fauteuil usé.
Cet homme c’est Alan Shore, il fut autrefois, bien avant que cette guerre n’anéantisse la notion d’art sous toutes ses formes, un célèbre écrivain. Il était réputé pour ses nouvelles, poèmes et pamphlets satiriques.  Il ne se privait pas de critiquer, de bafouer la société et ses dirigeants qu’ils qualifiaient de « putes libérales » et autres sobriquets tous aussi explicites. Il fut condamné à de maintes reprises pour diffamation et autres sujets à controverse.
Il vouait aux médias une haine viscérale, il n’avait par ailleurs jamais donné la moindre interview. Bien des journalistes se sont cassés les dents en tentant d’en savoir plus sur « celui que l’on adorait détester ». Quelques infos circulèrent sur son passé.
On disait qu’il n’avait jamais fait d’études quittant le système scolaire très tôt. Sa mère déclara un jour par le biais d’un magazine people, qu’elle avait honte qu’il soit un jour sorti de son ventre, que c’était un imposteur, que l’on ne devait à aucun moment le considérer comme un artiste, comme un écrivain.
Il n’a d’ailleurs jamais répondu directement à ses allégations matriarcales, mais dans bon nombre de ses pamphlets, sa génitrice comme il l’a nommée apparaissait très souvent et sous de nombreux traits allant de l’antéchrist à une prostituée.
Il n’a jamais été reconnu par ses pairs. Son style urbain, violent, vulgaire et percutant choquait la plupart de ses comparses littéraires.
Mais il s’en fichait car lui était adulé par le peuple, s’accrochant à sa moindre citation,  plus elle était décalée et décadente, plus la foule en redemandait.
Beaucoup de maisons d’édition refusaient tous simplement de le publier, celles qui avaient osé le faire s’en mordirent les doigts.
Une fois un de ses recueils de nouvelles satiriques et blasphématoires était fin prêt à être distribué.
Mais dans la nuit précédente des cambrioleurs se sont emparés de tout le stock de ceux-ci.
Le lendemain matin tous ces livres étaient disséminés un peu partout en ville, jonchant sur le trottoir, trainant sur le sol, à la disposition de celui qui voudrait bien se baisser pour en ramasser ne serait-ce qu’un seul.
Les gens se ruèrent dessus, se battant parfois pour cela.
Alan fut accusé d’avoir orchestré ce coup médiatique, mais aucune preuve tangible ne pouvait étayer ces accusations.
L’intéressé ne fit part d’aucun commentaire comme à son habitude.
Le jeune William n’ose pas faire un bruit et attend que le maitre lui adresse la parole.
Il est déjà bien heureux d’avoir pu être invité à entrer, car son hôte a pour réputation de faire déguerpir manu-militari les visiteurs de toutes sortes.
Il se sent privilégié, tout en sachant que ce qu’il s’apprête à lui demander est  plus que punissable aux yeux de la loi, qu’il encourt même une peine de prison.

En 2014 un conflit éclata entre l’Ukraine et la Russie au sujet de la Crimée, celui-ci a été le déclencheur de la plus meurtrière et atroce guerre de l’humanité.
Les alliés de l’OTAN se sont opposés aux russes en maintenant le statuquo, mais la Corée du nord en a profité pour annihiler sa voisine du sud en utilisant toute sa force nucléaire.
Les usa ont tout de suite riposté, en provoquant une escalade de la violence sans précédent, qui ne cessa que 10 longues années plus tard.
Un traité de paix fut signé par le peu de gens qui ont survécu, essentiellement en Europe de l’ouest.
La ville de Bruxelles a été désignée comme capitale des provinces libres unifiées.
La démocratie fut abrogée au profit d’une pseudo monarchie dirigé par un chancelier suprême, qui lui-même a sous ses ordres des gouverneurs régionaux qui ont toute autorité sur leurs territoires. Comme au moyen Age ils ont le droit de vie ou de mort sur ses habitants, certains même ont rétabli la peine de mort.
Le peuple est divisé.
Les élites, composées de scientifiques, ingénieurs et autres médecins, ont été isolées du reste des autres
Le reste, sorte de super-classe ouvrière, travaille tel un forçat, sorte d’esclavage moderne à peine camouflé.
Toutes formes d’art est proscrit, interdit.
Seules les élites ont le droit d’être instruit.
La procréation est contrôlée, pour éviter toute sorte de « mélange ».
Au début beaucoup de personnes s’insurgèrent contre ce despotisme avéré. Ceux qui n’étaient pas morts pendant la guerre transmettaient leur savoir aux plus jeunes clandestinement.
C’est pour cela que la brigade du contrôle littéraire et artistique a été créée au sein de la police.
Elle s’assure que les lois en la matière sont respectées à la lettre …
Aucune forme d’art n’est tolérée. Musique, cinéma, littérature … tout a été confisqué, la plupart détruit et le reste stocké dans un endroit tenu secret.
Certaines personnes ont réussi à cacher tant bien que mal, nombres d’œuvres. Les artistes survivants ont été recensés et sont bien évidemment surveillés. Les plus virulents, les plus rebelles sont jugés et condamnés à la peine capitale. Le système juridique est beaucoup plus rapide depuis que l’on a supprimé les avocats. Alan Shore fais partie de ces parias.
William a un service à lui demander.
Le vieil écrivain se relève, se sert un verre, fais demi-tour et retourne s’asseoir.
Il fixe le jeune, qui a du mal à soutenir ce regard, il est comme paralysé.
C’est un gringalet sous-alimenté, les cheveux châtain raide en bataille. Il est fagoté comme tous ceux de sa classe, en clair comme il le peut avec les maigres moyens qu’il avait à sa disposition.
Alan soupire et demande à son jeune invité avec son franc parler légendaire.
Bon tu vas me dire ce que tu veux gamin, je n’ai pas que ça à foutre !
William se racle la gorge et lui répond à demi-mot.
Je … je souhaite que vous écriviez une lettre pour …
Ah ! il est vrai que si tu m’avais demandé autre chose ça m’aurait fait marrer ! allez accouche, pour qui ? pour quoi ? magne !
William hésite un instant.
J’aime une fille et …
Elle s’appelle Chloé et j’aimerais lui témoigner mon transport.
Tu en connais de jolis mots pour un fils d’ouvrier !
Oui … mon grand-père était professeur de littérature et il nous lisait chaque jour des poèmes, des pièces de théâtre entre autre chose. Par ailleurs il nous a lu une fois un passage de votre nouvelle «  dieu nous déteste tous ! ».
Il avait bon goût le pépé ! s’esclaffe Alan.
Bon fini les préliminaires, dis-moi tout pour que je puisse rédiger ta lettre d’amoureux transis.
William s’exécute en essayant d’être le plus précis possible pour être raccord avec les sentiments qu’il ressent.
De temps à autre le vieux grommelle, mais il note tout scrupuleusement sur une sorte de calepin.
William s’arrête.
C’est bon tu as tout craché ?
Oui je pense.
Ok alors barre-toi maintenant et ne te pointe pas avant deux jours.
William ne demande pas son reste et file en claquant la porte.
Alan se resserre un autre verre, soupire et dit tout haut.
Ah la la, il est bien sympa ce petit puceau !
Il se met au travail le soir même, et à peine une heure après c’est fait !
Apres une brève relecture, il la tape sur une vielle machine survivante d’un héritage familial. Après quoi, il plie la feuille en trois pour la glisser dans une enveloppe qui a déjà servi à en juger les ratures. Il inscrit le mot « William » et la pose sur un vieux meuble dans l’entrée.
Le surlendemain, le jeune William frappe à la porte mais personne ne répond. Il se dit alors qu’il reviendra plus tard.
Ce qu’il fait mais toujours pas la moindre réponse.
Même chose le lendemain, le troisième jour, la police est devant chez le vieil écrivain ainsi qu’un véhicule de la morgue.
Que se passe-t-il monsieur l’agent ? osa William tout en sachant qu’il ne devait et ne pouvait pas lui adresser la parole, sauf si on lui donnait ou lui posait une question.
Ce vieil emmerdeur nous a enfin quitté ! rétorque l’agent sans sourciller.
William est triste, mais il pense à sa lettre ! « L’avait-il rédigé ? ».
Il se dit que le mieux est de repasser quand il n’y aurait personne, et que là il pourrait fouiller la maison d’Alan.
Le soir même armé d’une lampe torche, il se faufile et arrive à pénétrer la demeure sans encombre, il est à présent dans le vestibule et il scrute le moindre recoin.
Sur une vielle commode il aperçoit une enveloppe avec son nom dessus, il la prend et la met dans sa poche, il l’ouvrira plus tard à l’abri des regards indiscrets.
Une fois sorti il l’ouvre et à la lueur blafarde de sa lampe il inspecte le contenu. Une note est accrochée à la lettre « je suis désolé ». William est perplexe, pourquoi ces excuses ?
Il déplie la lettre, prend une inspiration et commence la lecture.

                    « Chère Chloé »
La lune est belle ce soir.
Elle me fait penser à cette nuit où pour la première fois je t’ai vu.
Dès le premier regard j’ai su que mon cœur était à jamais prisonnier de tes yeux.
J’ai su alors que ma vie allait changer, que maintenant je n’étais plus seul, qu’il fallait que je prenne mes responsabilités !
Mais … je ne l’ai pas fait ! La guerre faisait rage, enfin elle poussait ses dernier râles et la chasse aux artistes que menait le nouveau pouvoir en place m’a fait prendre conscience que je ne changerais jamais, que je ne me résignerais pas !
Donc pour te protéger j’ai fui et t’ai abandonnée, tel un lâche !
Car oui … je suis un lâche, toute ma vie je me suis caché derrière ma plume. Le temps fuyant j’ai tenté de t’oublier dans l’alcool, la drogue … les femmes, en vain.
J’aurais pensé que ta mère m’aurait fait passer pour mort, ou du moins menti à mon sujet.
Mais quand ce jeune m’a conté son histoire, j’ai su ! J’ai feins bien entendu mais mon cœur s’est remis à saigner… une fois de trop.
Que dire ? Je n’ai plus envie, plus la force. Je ne te demande pas de me pardonner ce serait indécent. Je veux juste que tu saches que chaque jour de ma vie j’ai eu une pensée pour ma petite fille et que le prix que j’ai payé pour mon manque de courage n’est certainement pas à la mesure du mal que j’ai engendré.
Voilà ce sera mes derniers mots, car je vais finir ma vie en couard que je suis, en abrégeant cette pathétique vie qui n’aura que trop durée. Je t’aime, je sais cela parait ridicule.
On ne se verra pas aux paradis, car, ce n’est pas là où je vais !
A jamais ma fille, mon sang, ma faiblesse.
Ton géniteur
Alan Edgard Shore.


William laisse tomber la lettre de ses mains tremblantes ne sachant que faire.
Elle détache ses cheveux pour reprendre une apparence féminine, s’allonge, fouille dans sa poche pour y trouver un bracelet de naissance sur lequel était inscrit « Chloé rose marie Shore ».
Il l’avait reconnu dès le premier regard, il aurait voulu lui dire, mais il ne s’avait comment faire, il n’a jamais su s’exprimer autrement que par écrit.
Il avait connu sa mère qu’une nuit.
Un jour il avait reçu une vidéo, dans un pli où n’était indiqué aucun expéditeur, c’était une échographie, le fichier « Chloé ».
Pendant toutes ces années, pas une seule journée ne passait sans qu’il la visionne.
Une petite note, ainsi qu’une photo était collée au dos du paquet.
« C’est la dernière fois que tu verras ta fille »

                        FIN

                    Sébastien